Kristina Solomoukha & Paolo Codeluppi – Entretien avec un ours.

Ours : La maison de l’ours est le titre de l’exposition que vous présentez actuellement à Contexts. C’est aussi le titre d’un film que vous êtes en train de réaliser et dont certains objets présentés dans l’exposition servent d’accessoires. C’est également le nom d’un site aux Etats-Unis, dans le Wyoming, considéré comme sacré par de nombreuses tribus indiennes et dont la légende, je devrais dire les légendes sont à l’origine de votre film.

P.C. : Le lieu dont il s’agit est un gigantesque bloc de roche strié de rainures verticales. C’est probablement un reste érodé d’une laccolithe (masse de roche de la forme d’une cloche, due à une montée de lave qui n’atteint pas la surface) formée au Paléocène. Avec le temps, la laccolithe a été mise au jour par l’érosion de la roche sédimentaire qui l’entourait.

K.S. : Le site est vraiment spectaculaire, nous l’avons visité en 2013 lors d’une résidence aux Etats-Unis. Intrigués par les noms que les Arapaho, Crow, Cheyenne, Kiowa, Lakota et autres Indiens des Grandes Plaines donnaient à cet endroit – la maison de l’ours, l’antre de l’ours, l’abri de l’ours, le tipi de l’ours ou encore la butte de l’abri de l’ours -, nous avons commencé notre recherche.

Ours : (Rires).

K.S. : Dans les mythes qui expliquent l’apparition du rocher, il s’agit toujours de relation entre un ours et une femme. Par delà les variantes du récit, le système de liaisons est reconnaissable. Nous avons initié ce projet pour mieux comprendre
ces liens : d’une part, à travers l’écriture du film et, de l’autre, en imaginant un ensemble d’objets qui composerait une exposition.

Ours : Si je comprends bien, c’est la structure mythologique qui vous intéresse. En vous référant à la définition de Claude Levi-Strauss, « De même que le langage fait des phrases avec des mots, le mythe, qui se sert du langage, fait des super phrases avec des phrases », vous créez une forme, le film, puis la “démontez” pour vous en servir ailleurs, dans l’exposition ?

P.C. : Oui, mais pas seulement, l’histoire nous intéresse aussi.

Ours : D’ailleurs elle me rappelle un film australien, Picnic at Hanging Rock de Peter Weir. Il s’agit d’une disparition de jeunes filles au pied d’un immense rocher ayant été un lieu de culte aborigène.

K.S.
: Il est possible que notre travail offre un regard, non sur les mythes des Indiens, mais sur la façon dont notre société les a intériorisés.